Mais d’où viennent toutes ces palourdes ?

Publié le 12 octobre 2020 | Nos travaux, Pêche |

Pratiquée depuis très longtemps sur les côtes de l’ouest du département de la Manche, la pêche à la palourde subit depuis quelques années une évolution importante. L’arrivée massive de la palourde japonaise a engendré une augmentation sensible de la pression de pêche. Toutefois, le recrutement et l’origine des larves restent peu documentés dans un système hydrodynamique complexe du golfe normand-breton. La modélisation physique des masses d’eau associée à un modèle biologique pourrait permettre une meilleure compréhension de la dynamique des populations de cette espèce et de l’influence potentielle des élevages à Chausey (vénériculture) sur la ressource de la côte ouest du Cotentin. Une première étude a été réalisée au sein du laboratoire M2C de l’université de Caen Normandie en collaboration avec le SMEL dans le cadre du programme « Reconstitution d’un Stock de bivalves Indicateur de Stocks et Vigie des havres » (RS2S) financé par L’Agence de l’Eau Seine Normandie.



Une pêche massive sur l’estran de l’ouest du Cotentin

La palourde a toujours été pêchée sur la façade ouest du Cotentin, il s’agissait principalement de l’espèce européenne (Ruditapes decussatus), mais depuis quelques années la palourde japonaise (Ruditapes philippinarum) a pris largement le dessus. On estime aujourd’hui à 98% la prédominance de cette dernière sur la base des caractères morphologiques distinctifs. Cette évolution s’est accompagnée d’une augmentation sensible des densités sur nos estrans provoquant un engouement des pêcheurs à pied pour cette espèce facile à récolter notamment au râteau. C’est ainsi que le nombre de pêcheurs plaisanciers peut atteindre plusieurs milliers par jour de marée de vives-eaux sur certaines plages comme celle de Saint Martin de Bréhal (Manche).

Des pêches qui se maintiennent à un niveau élevé

Le suivi des captures par unité d’effort, réalisé par l’association AVRIL et le SMEL dans le cadre du programme d’étude RS2S, montre des rendements horaires qui se maintiennent à des niveaux élevés avec une moyenne supérieure à 40 palourdes par heure de pêche alors que les rendements étaient d’une trentaine en 2015 et 2016. Toutefois, certains sites montrent des fluctuations relativement importantes ; c’est le cas sur l’estran de Gouville-sur-mer où le rendement qui atteignait 85 palourdes par heure en juin 2019 est tombé à 30 palourdes par heure en octobre 2020. Ces fluctuations entre le printemps et l’automne sont observées sur tous les sites et résultent sans doute de la forte pression de pêche exercée en été. Le site de Gouville-sur-mer étant relativement restreint, la pression s’y exerce avec plus de force.

Premiers essais de simulation du transport des larves de palourdes dans le golfe Normand-breton à 15 (d), 22 (e) et 30 (f) jours pour 5 points d’injection (source : S. Sahnoun, 2020).

Un recrutement important dont l’origine est peu documentée

Les palourdes européennes et japonaises vivent sur l’estran de la côte Ouest du Cotentin entre une hauteur bathymétrique de +2 à +4.5 m environ, c’est-à-dire que la totalité du stock est disponible à la pêche à chaque marée de vives-eaux. D’autre part, 3 ans et demi sont nécessaires pour atteindre la taille minimale de capture de 40 mm. Ces caractéristiques pourraient la rendre potentiellement vulnérable aux fortes pressions de pêche, or il est constaté une relative stabilité et abondance de la baie du Mont- Saint-Michel jusqu’à Pirou, voire plus au nord. Mais d’où viennent toutes ces palourdes ?

Plusieurs hypothèses non contradictoires peuvent être émises sur l’origine des palourdes. Une des premières hypothèses serait un déplacement ou migration des palourdes sur l’estran au cours de leur cycle benthique, toutefois cette hypothèse se heurte à deux constats : aucune zone de nurserie avec de fortes concentrations en juvéniles n’a été observée et d’autre part, les expérimentations de marquage des palourdes ont plutôt montré l’absence de déplacement. La seconde hypothèse serait un recrutement important sur l’ensemble de la côte Ouest du Cotentin, les géniteurs pouvant être positionnés sur les zones de pêche à pied ou encore dans les secteurs d’élevage des Iles Chausey.

Un golfe Normand-breton avec un fort marnage et des courants extrêmes

Les courants de marée observés dans le golfe Normand-breton sont parmi les plus complexes et les plus importants au monde. Ces courants forment des systèmes multiples de gyres autours des iles anglo-normandes décrits globalement (voir photo) mais dans lesquels les conditions météorologiques (notamment la force et l’orientation des vents) jouent assez fortement. Ainsi, durant le stade larvaire pélagique, d’une durée d’environ 3 semaines chez la palourde, les larves vont pouvoir se déplacer rapidement et permettre (ou non) un recrutement assez éloigné des secteurs de reproduction.

Courants résiduels de marée en Manche source [Issus de « Atlas de la faune marine invertébrée du golfe Normand-Breton » Le Mao et al, 2020]

La modélisation hydrodynamique pour répondre à la question

Afin d’aborder ces mécanismes complexes, seule la modélisation hydrodynamique couplée à un modèle biologique peut répondre aux questionnements sur l’origine des larves et leur transport dans la colonne d’eau. Ce travail a été confié à une étudiante ingénieur en mécanique (UNICAEN), Souha Ajmi, dans le cadre du stage pratique de son Master 2, encadré par les chercheurs du laboratoire M2C de l’Université de Caen Normandie. Durant 5 mois, et après un calage du modèle biologique ICHTYOP (Lett et al., 2008), Souha Ajmi a testé différentes hypothèses sur l’origine des larves, leurs dispersions et identifié les secteurs de recrutement. Ces premiers résultats sont prometteurs mais demandent à être affinés. Cette étude se poursuivra en 2021 dans le cadre d’un nouveau stage de fin d’étude d’ingénieur ou de Master 2 toujours en collaboration entre nos deux structures.

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