L’échiniculture, un process développé et maîtrisé par le SMEL depuis plus de 30 ans.

Publié le 1 août 2019 | Cultures marines, Nos travaux |
Depuis la fin des années 90, le centre expérimental du SMEL en Normandie est la seule structure qui maîtrise l’élevage d’oursin violet (Paracotrentus lividus). Recherché pour son goût incomparable et très apprécié des spécialistes, l’élevage n’apporte pas de rentabilité suffisante pour un développement aquacole. Par contre, les caractéristiques biologiques et la grande sensibilité des larves aux polluants font de l’espèce un outil très performant en écotoxicologie.


Vingt ans pour maîtriser le cycle d’élevage

Qu’elles soient terrestre ou marine, faune ou flore, la domestication de nouvelles espèces est souvent très longue. C’est au début des années 80 que les premiers essais d’élevage sont envisagés par un chercheur de l’Université de Caen, mais de la théorie à la pratique, il a fallu attendre près de vingt ans de recherche et développement au SMEL pour parvenir à une maitrise suffisante en cinq points clefs :

① Protocole adapté à l’espèce

② Infrastructure adaptée en conditions contrôlées

③ Eau de mer de qualité

④ Alimentation en quantité et qualité suffisante

⑤ Personnels qualifiés

Du conditionnement des géniteurs à la production

① Conditionnement des géniteurs

Le conditionnement (mâle et femelle) permet de disposer toute l’année de géniteurs standardisés de qualité pour réaliser la reproduction. Le protocole élaboré par le SMEL est basé sur trois facteurs : photopériode, température et alimentation. Après un cycle de 4 mois et demi, les oursins atteignent un stade de maturité idéale pour la reproduction.

② Écloserie

Les géniteurs sont stimulés pour émettre les gamètes mâles et femelles. Une fois la fécondation réalisée, les larves vont se développer dans de grands bacs cylindriques durant trois semaines. D’environ 500µm, ces larves nagent dans la masse d’eau et s’alimentent d’algues microscopiques. Un mélange de plusieurs espèces d’algues, cultivées en laboratoire, est distribué quotidiennement afin de répondre à leurs besoins. La métamorphose permet aux larves de se transformer en jeunes oursins d’un demi-millimètre. Ils broutent alors des algues macroscopiques.

③ Grossissement

Une fois que les oursins ont atteint 3-4 mm, ils sont déplacés vers des structures en conditions contrôlées qui permettent de maîtriser l’ensemble des paramètres d’élevage (température, lumière, salinité, composés azotés…) et d’obtenir des croissances optimales. Néanmoins, si les oursins dont la croissance est plus rapide atteignent 40 mm  en 15 mois d’élevage [sans les piquants; taille réglementaire minimale pour la pêche, pouvant varier localement], la forte compétition intra-spécifique va entraîner une croissance moyenne assez lente. Idéalement alimentés en algues fraiches, les oursins peuvent consommer également du maïs en grain permettant de limiter les prélèvements d’algues dans le milieu naturel. En effet, la production d’un kilogramme d’oursin nécessite la récolte d’au moins 10 kilogrammes de laminaires (Laminaria digitata).

Des contraintes limitent le développement de l’élevage des oursins

Le ramassage des algues dans le milieu naturel est un facteur limitant au développement de l’échiniculture à grande échelle. Une ferme produisant 10 tonnes d’oursins nécessitera le prélèvement de plus de 100 tonnes d’algues dans le milieu naturel. Cependant, des alternatives existent pour limiter cet impact sur le milieu.

L’oursin étant très sensible à la pollution, l’accès à une eau de mer de grande qualité est indispensable pour qu’un projet réaliste aboutisse.

Les coûts d’investissements (bâtiment d’élevage, structure, contrôle de la température, pompage…) et de fonctionnement (personnel compétent, électricité, alimentation en algues fourrage…), importants pour la production d’oursins, vont engendrer un coût de production bien au-delà des prix du marché actuel. Malgré l’avantage considérable d’une production de bonne qualité toute l’année pour un produit haut de gamme, la rentabilité pour la production destinée à l’alimentation humaine n’est pas assurée. Par le passé, plusieurs entrepreneurs ont tenté l’expérience mais aucune entreprise n’a réussi à perdurer, principalement du fait d’un marché tourné vers la pêche et des importations à des prix défiant toute concurrence.

Un outil pour évaluer la qualité de l’eau et la toxicité des produits

La sensibilité des larves d’oursins face aux molécules polluantes est connue depuis plusieurs dizaines d’années mais l’utilisation se heurtait à l’approvisionnement de géniteurs de qualité. La parfaite maîtrise de l’élevage permet aujourd’hui de disposer de lignées d’oursins d’élevage idéalement conditionnés et les utilisations des larves d’oursins comme indicateur biologique peuvent être assurées toute l’année. Que ce soit pour tester la qualité d’une eau de mer, d’un sédiment ou encore le niveau de toxicité d’une molécule, les larves d’oursins sont un outil bien adapté. Du non développement des gamètes, à la longueur des larves en passant par le taux de malformation ; cet indicateur est très sensible. En collaboration avec de grands groupes industriels, dans des études d’impacts ou pour évaluer la qualité du milieu, le SMEL met à disposition son savoir-faire par la réalisation d’études complètes ou la fourniture d’oursins conditionnés [contactez-nous – Lien sur le site].

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