Gestion des biomasses mytilicoles.

Publié le 17 septembre 2019 | Cultures marines, Nos travaux |
L’élevage des moules, comme toute activité conchylicole, est mis en œuvre dans un milieu ouvert soumis aux variations de l’environnement. De ce fait, même si elle tend à être maîtrisée grâce à la zootechnie, la productivité reste sous l‘influence de bon nombre de facteurs extérieurs qui la font fluctuer, au premier rang desquels, le niveau trophique par exemple (nourriture phytoplanctonique). Ainsi, la gestion des productions repose en général sur une bonne adéquation entre ce que le milieu peut fournir et ce que l’homme introduit dans ledit milieu et comment il le fait. La profession mytilicole, parfaitement consciente de cet état de fait, a déjà mis en place des règles visant à ne pas surcharger les sites de production afin de garder de bons rendements dans des temps acceptables (exemple des taux d’ensemencement). Cependant, conscient de la nécessité de rester vigilent sur ce, le CRC-Normandie – Mer du Nord a sollicité le SMEL afin de mettre en place une étude visant à objectiver et visualiser l’impact des pratiques culturales sur la productivité des moules.


Des évidences pas toujours faciles à suivre…

Le cœur de la gestion de la productivité est l’équilibre existant entre la nourriture disponible et le nombre d’individus à nourrir. Il est donc évident qu’à ressource alimentaire égale, plus il y a aura de consommateurs, plus les rations alimentaires individuelles seront petites. Alors copla croissance en sera d’autant plus affectée et les durées d’obtention de tailles commercialisables s’allongeront. Depuis plusieurs décennies, la profession conchylicole normande a acté ce point en inscrivant dans les schémas des structures départementaux (textes réglementaires de la profession régissant les pratiques d’élevage mises œuvre conformément au code rural) la notion anciennement appelée « saturation » désormais nommée « capacité de support » précisant que toute augmentation de surfaces d’élevage serait préjudiciable à la productivité.

Cependant, sur une surface donnée, le nombre d’individus en élevage peut être variable en fonction des pratiques mises en œuvre. Dans le cas de l’élevage des huîtres, le nombre de poches par hectare d’élevage est réglementé et contrôlable, mais le nombre d’individus par poche ne l’est pas. Pour la mytiliculture, l’introduction des naissains de moule se fait par le biais de cordes sur lesquelles les petites moules se sont fixées. Aussi, la quantité réelle d’individus mis en élevage dépend de l’ampleur du captage de ces naissains sur les cordes. De plus, si ce dernier n’est pas satisfaisant (peu de naissain sur les cordes) la tentation de « doubler » le nombre de cordes sur un pieu est grande afin d’obtenir une biomasse finale acceptable. De plus, ces cordes de naissains sont implantées alors que les moules commercialisables sont encore en phase d’élevage pendant 6 mois. La question de la compétition entre ces générations se pose également par rapport à la capacité nutritive du milieu durant cette période.

Il est donc aisé de comprendre que les pratiques d’élevage ou zootechnie ne doivent pas être sources de facteurs à risque pour la productivité mais qu’elles doivent sans cesse s’adapter aux variations des facteurs environnementaux tels que la température, l’ampleur des précipitations ou même les forces et directions des vents.

Quels sont les leviers contrôlables par la profession ?

Afin d’obtenir des biomasses rentables de produits commercialisables au bout de chaque cycle d’élevage, les mytiliculteurs n’ont d’autres grands leviers que les densités de moules mises en élevage et le calendrier de mise en œuvre de cet élevage, et cela, dans un environnement donné, caractérisé par une richesse trophique plus ou moins abondante.

Ainsi, pour répondre à la sollicitation du CRC-NMdN, le SMEL a proposé un protocole d’élevage testant l’influence directe de la densité de moules introduites par pieu selon plusieurs scénarii de durées d’élevage différentes (plusieurs dates d’ensemencement et de récolte différentes). De plus, afin de visualiser l’effet densité sur ces élevages selon différentes conditions trophiques, il a été choisi de travailler sur trois niveaux bathymétriques différents d’un même secteur (Agon – accessibilité à des hauteurs d’eau de 2,80 m, 1,80 m et 1,30 m aux heures de basses mers de vives eaux), le niveau bas étant plus productif que le niveau haut en raison d’une durée d’exondation plus courte.

Ainsi, sur chaque hauteur d’eau, des densités « simple » et  « double » (en nombre de cordes) ont été mises en place et l’évaluation finale de la production sera réalisée après des durées d’élevage allant de 12 mois (moules d’un an) à 22 mois (moules de 2 ans).

Cette grosse expérimentation « terrain » a été initiée début juillet 2019 pour une durée de 2 ans dans le cadre d’un projet DLAL – FEAMP porté par le CRC-NMdN.

A quoi doit-on s’attendre ?

Comme énoncé précédemment, le facteur densité d’élevage en fonction d’une condition trophique donnée impacte immanquablement la croissance. Cependant, l’idée ici est de bien caractériser cet impact qui peut également avoir des incidences associées sur d’autres facteurs que la croissance : robustesse des animaux en cas de stress physique ou stress pathogène ? gestion technique de l’élevage en termes de protection (nombre de filets nécessaires, gestion des déchets ; effet en cas de prédation) ? etc… Autant d’incidences qu’il conviendra de chiffrer et d’objectiver afin d’éclairer au mieux la profession.

Mais au préalable …

Comme nous l’avons vu, beaucoup de facteurs interviennent en milieu ouvert. Il est donc parfois très difficile de sérier et de hiérarchiser les effets de ces nombreux facteurs souvent intimement liés. Aussi, une des solutions pour tester l’effet d’un facteur unique est de réaliser des expérimentations en milieu contrôlé. Certes dans ce cas, on s’éloigne de la « réalité » de terrain, mais il devient possible de faire varier un seul facteur tout en fixant tous les autres et ainsi mesurer plus précisément son effet sur des variables indicatrices.

C’est ce qu’a réalisé Gwendoline GUICHARD, au SMEL pendant 6 mois dans le cadre de son stage de fin d’étude master 2. Pendant ce stage, différentes charges en moules de deux classes d’âge (1 an et 2 ans) ont été testées séparément et en mélange, au cours d’un élevage en milieu contrôlé de 4 semaines à l’issu duquel des mesures de croissance et de survie ont été réalisées. D’autre part, suite à ce que nous nommerons ce « conditionnement », la robustesse des moules a également été mesurée via l’application d’un stress pathogène (injection de souches bactériennes virulentes et mesure de la survie sur 10 jours).

Les résultats obtenus ont montré que les fortes densités avaient :

  • Un effet négatif sur la croissance en longueur de coquille, particulièrement sur la classe d’âge 1 an.
  • Un effet négatif plus marqué sur les taux de remplissage quelle que soit la classe d’âge.
  • Une robustesse amoindrie face à un stress pathogène.
  • Un effet d’autant plus délétère sur la survie que le niveau trophique est pauvre

Enfin, ces expérimentations ont été l’occasion de travailler sur la compétition intergénérationnelle (compétition entre les deux classes d’âge) notamment en visualisant le différentiel de taux de filtration, le taux étant 2.5 fois plus important pour la moule de 2 ans par rapport à une moule d’un an. Ceci implique donc que dans le cadre de la gestion des densités et des biomasses en élevage, outre le facteur quantité, il conviendra de tenir compte également du facteur « effort de filtration » en fonction des classes d’âge considérées.

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