Quelle alimentation pour les élevages d’ormeaux ?

Publié le 23 octobre 2018 | Cultures marines, Nos travaux, Ressources documentaires |

La qualité de l’eau de mer et l’alimentation sont sans doute les principaux facteurs à évaluer lors de la mise en place d’une ferme de production d’ormeaux. Si la qualité de l’eau est un facteur externe sur lequel le producteur n’a que peu de prise, l’alimentation du cheptel peut être entièrement maîtrisée. La synthèse des travaux du SMEL a été exposée lors du colloque « L’ormeau européen: biologie et développement durable de la filière » qui s’est déroulé à l’Aber Wrac’h (Finistère, France) le 20 et 21 septembre 2018.



A chaque stade de développement, une alimentation différente

L’ormeau est un mollusque gastéropode brouteur mais selon le stade de développement,  il va consommer des micro-algues, des macro-algues ou/et des aliments reconstitués. Le choix de l’alimentation apportée par l’éleveur ne doit pas être basé uniquement sur les performances de croissance mais doit prendre en compte de nombreux autres facteurs tels que le prix, les variations saisonnières de qualité, le taux de conversion (nombre de kilo d’algue pour produire un kilo d’ormeau), l’effet sur les paramètres immunitaires, la disponibilité, l’impact de la récolte sur l’environnement, la réglementation mais aussi l’acceptation sociétale par rapport aux types d’aliments distribués notamment pour les aliments reconstitués…

Que ce soit en élevage extensif ou en conditions contrôlées, la zootechnie repose sur 6 stades bien distincts du conditionnement des géniteurs à la commercialisation.

Qualité et diversité pour les géniteurs

Le conditionnement est une étape qui dure environ 4 à 5 mois durant lesquels les géniteurs subissent des évolutions de température et de photopériode avant d’être  prêts à émettre des spermatozoïdes et des ovocytes de qualité. La qualité et la diversité de l’alimentation contribuent à la réussite. Globalement cette étape ne concerne que quelques dizaines d’individus et demande donc de faibles quantités d’algues qui ne posent alors pas de problèmes majeurs de récolte. Si l’alimentation principale est basée sur l’algue rouge Palmaria palmata, d’autres espèces pourront être apportées en complément.

Pas alimentation durant la phase d’écloserie mais la culture de macro-algues est un réel atout

Une fois conditionnés, les ormeaux vont pouvoir se reproduire. C’est la phase de « l’écloserie ». Durant cette phase très courte (4 jours) après la fécondation, les larves sont pélagiques (nagent dans la masse d’eau) et vivent sur leurs réserves énergétiques. Ce stade s’achève par la fixation larvaire. Ainsi, durant cette phase, les algues contribuent à l’optimisation de la fixation des larves en premier lieu et non à leur alimentation. Les coralines (algues encroûtantes) ou les biofilms (naturels ou cultivés), associés ou non avec le mucus d’ormeaux, sont donc parfois utilisés pour favoriser la fixation. Toutefois, depuis quelques années, la macro-algue encroûtante Ulvella lens permet d’obtenir des taux de réussite inégalés, souvent supérieurs à 80%.  Cette macro-algue, présente naturellement dans le milieu naturel, est cultivée sur plaque au sein des fermes de production.

Maîtrise de l’alimentation durant la nurserie

La nurserie est une étape clé pendant laquelle la physiologie de l’ormeau va évoluer rapidement. Deux éléments en sont la preuve : d’une part, la morphologie de la radula (unique dent de l’ormeau qui lui permet de brouter) et d’autre part, la production de l’activité des enzymes digestives. Ces deux éléments vont engendrer une succession du régime alimentaire qui commence par l’assimilation de macromolécules provenant du biofilm, puis de la consommation de différentes micro-algues et enfin l’ormeau va pouvoir commencer à s’alimenter avec des macro-algues et notamment avec l’Ulvella lens qui fera la transition avec des algues plus conséquentes. Les travaux menés par le SMEL montrent que quelques micro-algues bien spécifiques vont pouvoir augmenter la vitesse de croissance tout en limitant le taux de mortalité ; Navicula sp, Cocconeis sp, Amphora sp pourront ainsi être cultivées dans l’exploitation et apportées successivement. La culture de Palmaria sur plaque pourra ensuite apporter un plus !!! Après 3 mois, les jeunes ormeaux vont mesurer entre 3 et 5mm.

Des apports réguliers et de qualité pour les juvéniles

Le stade dit de « pré-grossissement » permet aux ormeaux d’atteindre une taille à laquelle ils sont manipulables sans être abimés (environ 1 cm). En optimisant la croissance, il est ainsi possible de limiter le risque lié à cette fragilité initiale lors des manipulations nécessaires à l’élevage. Pour cela, la qualité des macro-algues distribuées régulièrement est indispensable. D’autre part, la faible biomasse limite les quantités d’aliments nécessaires. L’algue rouge Palmaria palmata est un atout majeur car elle permet des croissances rapides, des taux de conversion faibles et une bonne résistance à la dégradation dans les systèmes d’élevage, mais sa disponibilité dans le milieu est variable en fonction des saisons et des régions. Ainsi, l’utilisation d’aliments reconstitués peut être une bonne alternative. Nos travaux ont permis de montrer des taux de croissance et des coûts sensiblement identiques qu’avec de la Palmaria fraiche. La seule difficulté réside dans l’obligation d’importation de ces produits non disponibles en Europe et dans la qualité de ces aliments. Toutefois, l’utilisation de tel aliment peut être un frein à la commercialisation d’un produit haut de gamme selon la sensibilité des consommateurs vis-à-vis de produits reconstitués. 

Des quantités importantes en grossissement

La situation évolue sensiblement par la suite car l’éleveur devient dépendant de l’approvisionnement en aliment fourrage qui augmente de façon très conséquente. Il faut par exemple, 8 à 10 de kilogrammes d’algues en moyenne pour produire un kilogramme d’ormeaux. Ainsi, une ferme produisant 10 tonnes devra apporter 80 à 100 tonnes sur une année !!! Une étude menée par le SMEL sur le choix de l’alimentation durant cette longue étape (entre 2 et 4 ans) vient d’être publiée dans une revue scientifique. Elle démontre que l’alimentation doit plutôt être basée sur un mélange de plusieurs espèces (Palmaria palmata, Laminaria digitata, Ulva enteromortpha…) en fonction des disponibilités et de la qualité qui évolue de façon saisonnière.

Cette quantité est  également source d’optimisation zoosanitaire. En effet, cette étude, réalisée en collaboration avec l’Université de Caen, démontre également le lien entre la qualité des algues et la capacité des ormeaux à se défendre face aux pathogènes.

L’impact des prélèvements importants d’algues dans le milieu naturel doit être évalué car cela pourrait aboutir à la disparition de certaines espèces telles que la Palmaria dont la résilience est assez faible en raison d’une dispersion des spores limitée.

L’affinage, une étape pour les gourmets

Non indispensable lorsque les animaux sont nourris avec des algues fraiches, cette étape peut avoir un intérêt pour cibler certains marchés particuliers ou donner un goût plus ou moins prononcé aux ormeaux. Comme le montre une étude du SMEL, l’alimentation choisie ainsi que la température d’élevage seront deux paramètres majeurs influençant les caractéristiques gustatives recherchées !!! Ainsi, ce produit haut de gamme qu’est l’ormeau dévoilera toutes ses qualités dans les assiettes des gourmets…

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Le biote comme outil pour le suivi des herbicides sur le littoral bas-normand

 Olivier Basuyaux1,*, Jean-Louis Blin1, Katherine Costil2,3, Olivier Richard1, Jean-Marc Lebel2,3 and
Antoine Serpentini2,3
1 SMEL, Zac de Blainville, 50560 Blainville-sur-mer, France
2 Normandie Université, 14032 Caen, France
3 UMR BOREA « Biologie des ORganismes et des Ecosystèmes Aquatiques », MNHN, Sorbonne Université, UCBN, CNRS-7208,
IRD-207, Université de Caen Normandie, 14032 CAEN Cedex 5, France

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