Des poches venues d’Australie pour l’élevage de l’huître sur la côte ouest du Cotentin.

L’une des innovations zootechniques les plus marquantes de ces dernières années en ostréiculture concerne les poches d’élevage. Des alternatives aux poches classiques fixées sur table sont apparues ces dernières années au sein des élevages normands, certains systèmes de poches à balancier ayant pu être implantés sur table classique. Cependant, le système dit « australien », intégrant des poches suspendues fixées à des lignes de pieux verticaux, n’avait pas encore été validé en Normandie jusqu’à présent. Aussi depuis 2017, le SMEL répond à une sollicitation d’accompagnement d’un projet professionnel utilisant cette zootechnie en collaboration avec l’ostréiculteur concerné, le Comité Régional de la Conchyliculture Normandie Mer du Nord (CRC-NMdN) et la Direction Départementale des Territoires et de la Mer de la Manche (DDTM 50).


Qu’appelle-t-on « système australien » ?

Utilisé en ostréiculture en Australie, la première originalité de ce système est d’utiliser des poches suspendues, souvent d’un volume inférieur à celui des poches classiquement utilisées dans l’ostréiculture française. Fixées à des filins ou barres horizontales, ces poches suspendues peuvent avoir un mouvement de balancier au gré des marées et des mouvements des masses d’eaux. Ce mouvement favorise l’obtention d’huîtres de formes régulières en se substituant à l’une des principales tâches de l’ostréiculteur qu’est le retournement des poches classiques, économisant ainsi la main d’œuvre habituellement nécessaire.

Souvent implantées dans des baies abritées de plus ou moins faible profondeur en Australie, ces poches suspendues sont fixées à des supports horizontaux maintenus par des pieux verticaux. Ce type de support, évidemment bien connu pour la production de moule de bouchot, est là encore original en ostréiculture. Cependant la hauteur des pieux utilisés pour les huîtres est moins importante.

Aussi, en Normandie, les premiers essais consacrés à ces systèmes ont consisté à utiliser des poches suspendues pouvant se balancer mais en les adaptant aux supports classiques que sont les tables en acier.

Quels sont les avantages pressentis avec ce type de système ?

Outre le fait indéniable que la poche suspendue qui se balance permet d’économiser du temps de main d’œuvre et réduit la pénibilité du travail des huîtres, les objectifs souvent affichés dans le cadre de l’utilisation de ces systèmes d’élevage sont d’ordre qualitatif : meilleure productivité, meilleurs taux de chair, belle forme etc… Bien entendu, cette optimisation de la qualité globale du produit va de paire avec une rentabilité attendue qui puisse être meilleure.

Comme énoncé précédemment, ces poches offrent un volume d’élevage qui favorise le passage de l’eau de mer, homogénéisant et optimisant les apports en nourriture au sein de la poche en comparaison des poches classiques « plates ». D’autre part, souvent de dimensions plus petites que les poches classiques, le nombre d’individus au sein des poches suspendues est plus faible. Ce point, contribue à de meilleurs apports pour chaque huître et favorise l’optimisation de la productivité.

Originalité du système complet ?

Si divers types de poches suspendues ont pu être utilisés depuis la fin des années 90 dans l’ostréiculture normande, l’implantation de pieux verticaux servant de supports d’encrages n’avait pas encore été réalisée. La raison principale était tout d‘abord de profiter des avantages des poches suspendues en les adaptant sur les tables classiques, ce qui limitait considérablement les coûts d’implantation et la réorganisation des concessions d’élevage déjà équipées de tables.

Cadre réglementaire

Comme partout en France, les exploitations de cultures marines en vigueur en Normandie sont encadrées par des schémas des structures départementaux. Ces schémas sont régis par le code rural et de la pêche maritime au chapitre 3 du livre IX, dédié à l’aquaculture marine. Ce document est réalisé par département et instauré par arrêté préfectoral, sur la base de considérations principalement socio-économiques et sur proposition de la profession (Comité Régional Conchylicole) et après avis de la Commission Cultures Marines (article D923-6 du code rural et de la pêche maritime). Il a pour objectif de définir la politique d’aménagement des exploitations de cultures marines permettant de garantir la viabilité économique des entreprises. Il définit également, par bassin de production homogène et par type de culture, les modalités d’exploitation et de gestion du domaine public maritime affectées à l’exploitation de cultures marines.

Dans ce cadre, des systèmes utilisant des pieux verticaux comme supports d’élevage des huîtres ne sont pas référencés dans les schémas départementaux de Normandie.

Évaluation du système australien complet

Dans ce contexte, l’entreprise SCEA Parcs DELISLE a souhaité évaluer ce type de système d’élevage sur le littoral de la Manche. Pour ce faire et compte tenu des éléments précédemment cités, cette évaluation a fait l’objet d’une instruction auprès des services de l’état. Le CRC-NMdN a fait une demande de concession expérimentale afin de mettre en œuvre cette étude sur les performances attendues avec ce système. Cette étude est menée dans le cadre d’un financement régional « projet pilote » porté par l’entreprise en collaboration avec le SMEL, sollicité pour conduire ces investigations.

Objectif du projet

Le projet porté par l’entreprise a pour objectif de produire des huîtres marchandes « spéciales » (indice de remplissage AFNOR > 10,5%) à l’issue de la dernière année d’élevage. L’écosystème de ce secteur étant plutôt propice à la production d’huîtres « fines », la maîtrise zootechnique de ce nouveau système est donc la condition sine qua none pour rentabiliser ce type de support qui nécessite un investissement plus important que le système classique.

Outre la production d’huîtres marchandes « spéciales », l’utilisation de ce système intégrant des poches suspendues, permet également d’optimiser le temps de travail nécessaire à l’obtention de belles formes d’huîtres, gage également d’une meilleure valorisation commerciale du produit. Ce système est donc également idéal pour un élevage à des niveaux bathymétriques assez profonds (accessibilité à partir de hauteur d’eau < 1 m).

Enfin, soucieux de privilégier la qualité plutôt que la quantité produite, les porteurs du projet mettent également l’accent sur les densités d’huîtres mises en élevage et s’inscrivent donc dans le cadre de pratiques vertueuses en termes de charges globales.

Descriptif de l’étude

Implantée sur la façade Ouest cotentin sur le secteur de Gouville sur mer, la concession expérimentale a été équipé d’une série de pieux verticaux autorisant l’accrochage de poches suspendues sur 3 niveaux d’élevage : 40 cm, 80 cm et 1,20 m. Un élevage en poche classique a été mis en œuvre sur la concession ostréicole jouxtant la concession expérimentale.

Deux lots d’huîtres N°4 ont été choisis pour mener cette évaluation : un lot de captage et un lot d’écloserie triploïde.

Vu le volume respectif des poches suspendues et des poches classiques, les densités d’élevage dans les poches du système australien ont été de 60 individus par poche et les densités témoin servant de comparaison sont de 200 (standard utilisé classiquement) et 120 individus par poche (faible densité volontairement mise en place pour évaluer l’effet densité).

Un cycle d’élevage d’une année entière a été mené de mars 2017 à mars 2018. A l’issue de ce cycle, les évaluations de productivité ont été réalisées : survie, croissance, rendement. Les huîtres produites ont été évaluées également sur des critères qualitatifs : taux de remplissage, formes, infestation des coquilles par le vers Polydora, dureté de coquille.

Résumé des premiers résultats acquis

Tout d’abord, face aux tempêtes répétitives qui ont sévi sur la Côte Ouest Cotentin au cours de l’hiver 2017-2018, le système a très bien résisté (aucune perte de poches suspendues, ni détérioration des pieux verticaux).

Ensuite, malgré une année de faible productivité (voir réseau d’observation du smel), les objectifs ont été globalement atteints. La survie des huîtres n’a pas été affectée par la zootechnie mise en œuvre, qu’elle soit classique ou australienne. Le point indéniable concerne l’apport du balancement des poches suspendues qui a permis d’obtenir sans main d’œuvre, des formes équilibrées et un durcissement avéré des coquilles avec absence complète d’huîtres « maillées » (Photos) dans les poches suspendues contrairement aux poches témoin.

Enfin, concernant l’un des objectifs principaux du projet, les taux de remplissage ont été optimisés et les proportions d’huîtres classées en « spéciales » ont été plus élevées avec le système australien qu’avec le système classique.

 

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Nouveau système d’élevage des huîtres
« Poches australiennes »

Jean-Louis BLIN. Mai 2018.

 
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