Premiers résultats sur la biomasse des sargasses pour SNOTRA

Publié le 22 janvier 2018 | Nos travaux, Pêche |
La sargasse (Sargassum muticum) est une algue d’origine japonaise introduite en Europe au cours des années 1970. Sa prolifération est telle qu’elle est devenue envahissante et perturbe une partie de l’activité économique normande, notamment la mytiliculture (dans la Manche) ou le tourisme (dans le Calvados). Depuis 2014, un groupement d’acteurs locaux travaillent sur la valorisation possible de cette algue au sein d’un projet devenu SNOTRA en 2017 (Sargasses de Normandie : valorisaTion d’une Ressource Algale), financé par l’Europe via le FEAMP (Fonds Européen pour l’Aquaculture Marine et la Pêche) . Parmi les nombreux axes de recherches, l’évaluation de la biomasse récoltable est l’un des grands chapitres.


La sargasse japonaise, une algue exotique envahissante

La sargasse japonaise est une algue brune originaire du Pacifique Nord-Ouest qui a été introduite en Europe dans la mer de la Manche dans les années 1970. Elle a réussi à s’y établir et s’est rapidement dispersée le long des côtes européennes : on la retrouve actuellement du bassin méditerranéen aux côtes norvégiennes (Figure 1). Elle est ainsi qualifiée d’Espèce Exotique Envahissante.

Sa présence impacte plus ou moins la biodiversité locale (compétition pour le substrat avec certaines algues locales) ainsi que différents secteurs économiques maritimes tels que la navigation, les zones portuaires, la pêche, la conchyliculture, la plaisance…

Le contexte normand : des gênes occasionnées par sa prolifération printanière

Les côtes du Calvados sont régulièrement touchées par des échouages d’algues sur les plages, et le pourcentage de sargasses représente 18 à 33 % du total des algues échouées. Sur les côtes de la Manche, la sargasse pose aussi problème au niveau conchyliculture : sur certaines zones à la fin du printemps/début de l’été, la sargasse transportée par les courants et intempéries s’échoue massivement sur les bouchots à moules et les tables à huîtres (Photo 1 et 2). Certains mytiliculteurs ont ainsi installé des barrages afin de bloquer les échouages de sargasses qui nuisent à l’entretien des parcs et au bon développement des moules (décrochage des moules, montée des prédateurs, mauvais accès à l’eau de mer).

 

Le projet SARGASSES (2014 – 2016) et le projet SNOTRA (2017 – 2019)

Le projet SARGASSES a été créé suite aux échouages répétitifs de cette algue brune. Il s’est déroulé sur l’estran et la zone conchylicole de Bricqueville-sur-Mer afin d’apporter des éléments de réponse vis-à-vis : (i) de l’efficacité des barrages contre les échouages et leur incidence environnementale, (ii) du tonnage de sargasses présent sur ce site, ainsi que (iii) des composés d’intérêt présents dans la sargasse japonaise et des voies d’utilisation envisageables. Les résultats du projet SARGASSES ont été concluants et le projet SNOTRA  s’est créé dans la continuité afin d’aller plus loin en étudiant la mise en place d’une filière d’exploitation de la sargasse en vue d’une valorisation agronomique et cosmétique.

Le projet SNOTRA s’articule autour de 6 axes de recherche :

  • Développement administratif pour une activité de pêche et étude de son impact environnemental
  • Estimation du stock de sargasse normand en vue d’une exploitation
  • Développement de techniques de pêches manuelles et mécanisées
  • Suivi de la composition saisonnière de la sargasse et développement de procédés d’extraction et de de transformation
  • Test des extraits de sargasses en maraîchage et cosmétique
  • Etude des aspects socio-économiques de l’ensemble de la filière d’exploitation de la sargasse en Normandie

Il est doté d’un financement FEAMP de 700 000 € et est réalisé avec la collaboration de 5 partenaires techniques (voir les partenaires financiers et techniques en bas de page).

Résultats 2017 : densités et poids des sargasses enregistrés sur les sites étudiés

Définir le stock de sargasse présent en Normandie dans l’idée de la mise en place d’une future récolte professionnelle revient donc à savoir : (a) où et (b) quand la sargasse peut être récoltée, tout en s’assurant (c) qu’il y ait une biomasse suffisante et récoltable sur nos estrans et (d) que cette ressource soit constante d’une année à l’autre.

Le suivi des stocks s’effectuera de 2017 à 2019 sur 4 sites de la côte ouest de la Manche et 2 sites du Calvados chaque mois en période de forte croissance de la sargasse (soit de mars à août), puis tous les deux mois en période de faible croissance sur les sites en suivi approfondi (Figure 2).

(a) Où récolter la sargasse en Normandie ?

En plus des 6 sites étudiés, une prospection visuelle (complétée avec des cartographies aériennes) sera effectuée le long des côtes de la Manche, du Calvados et de la Seine-Maritime afin de déterminer la nature du sol et si la présence des sargasses serait suffisante pour une exploitation.

(b) Quand récolter la sargasse en Normandie ?

Les données de poids de sargasse par m² pour l’année 2017 mesurées sur les 6 sites sont présentées sur le graphique (Figure 3). La fin du printemps s’avère être la période la plus favorable pour la récolte au vu des poids maximaux de sargasse au m² enregistrés entre avril, mai et juin 2017.

 

L’évolution mois par mois du poids de sargasse au m² suit une tendance similaire pour l’ensemble des sites, cependant  les poids maximaux atteints sont différents.

L’évolution mensuelle est due au cycle de croissance saisonnier classique connu pour la sargasse japonaise sur les côtes européennes. Ce cycle de croissance se déroule comme l’on peut le voir d’après nos données comme suit : de mars à mai le poids moyen augmente pour atteindre un pic ou un plateau aux alentours de mai (= période de forte croissance), puis le poids moyen diminue de juin à août (= période de reproduction suivie de la période de dégradation), pour se stabiliser à de très faibles valeurs de septembre jusqu’à février (= période de faible croissance).

La différence des poids, dont celle observée lors des pics de biomasse est due à la nature du sol sur lequel pousse la sargasse. Les densités et poids au m² les plus forts (et qui se maintiennent en plateau) sont enregistrés sur les sites de Bernières-sur-Mer et Grandcamp-Maisy. En effet, ces deux sites du Calvados sont composés de platiers rocheux sur lesquels s’ancre la sargasse et lui permettent d’avoir une grande surface de pousse, qui se traduit par une forte densité au m² (moyenne annuelle de 34 thalles/m²) et un fort poids au m² (1,6 kg/m² pour Bernières-sur-Mer et 1,1 kg/m² pour Grandcamp-Maisy). Viennent ensuite les sites de Bricqueville-sur-Mer et Agon-Coutainville dont le sol sableux-caillouteux ne permet pas une aussi grande surface de pousse (densité moyenne annuelle de 19 thalles/m²) mais enregistrent des poids maximaux au m² tout de même conséquents et similaires aux sites du Calvados (1,3 kg/m² à Bricqueville-sur-Mer et 1,1 kg/m² à Agon-Coutainville). Enfin, Gouville-sur-Mer et Bréville-sur-Mer sont des sites au sol sableux avec des cailloux plus épars qui ne permettent pas une pousse étalée de la sargasse (densité moyenne annuelle de 8 thalles/m²). Ils enregistrent ainsi de très faibles poids au m² (400 g/m² à Gouville-sur-Mer et 300 g/m² à Bréville-sur-Mer).

Ces mesures (densité et poids frais des sargasses au m²) seront poursuivies en 2018 et 2019.

 (c) Quel est le stock de sargasse présent sur les côtes normandes ?

Les données de poids que nous avons actuellement sont ramenées au m². Au terme du projet SNOTRA, la zone de pousse de chaque site d’étude sera délimitée (détermination aérienne à l’aide d’un drone) afin d’estimer le tonnage des 6 sites d’étude.

(d) Le stock de sargasse est-il une ressource stable d’une année à l’autre ??

Les données du projet SARGASSES nous permettent de comparer le poids moyen des sargasses au m² entre les années 2016 et 2017 (ainsi que la fin de 2015) (Figure 4). On observe bien le cycle de croissance de la sargasse d’une année à l’autre comme décrit précédemment, cependant le pic de biomasse est enregistré début juillet en 2016 contre fin mai en 2017. Par ailleurs le poids moyen maximal lors du pic de biomasse est légèrement plus faible en 2016 avec 1 kg/m² contre 1,3 kg/m² en 2017. Cette avancée dans le cycle de développement et cette biomasse légèrement plus forte en 2017 sont corrélées aux températures plus favorables printanières de 2017. Ainsi, les paramètres environnementaux, tels que la température et l’ensoleillement vont donc influencer l’état de croissance de la sargasse. Ces trois ans d’étude sur 6 sites vont permettre de voir ces différences interannuelles.

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