Les populations de bigorneaux perceurs, prédateurs de bivalves, dans la Manche

Publié le 15 juillet 2017 | Cultures marines, Mer & Littoral, Nos travaux, Pêche |
Les prédateurs représentent une menace importante pour les élevages conchylicoles mais également pour tous les bivalves présents sur l’estran (palourdes, praires, coques…). Les travaux effectués par le SMEL depuis 2001 sur la prédation des moules par les bigorneaux perceurs ont montré l’importance des destructions du cheptel et la nécessité de détruire les capsules et les juvéniles sur les cordes. Pour les huîtres, seul le ramassage manuel est efficace.


Trois espèces de perceurs sur les estrans de la Manche

Une évaluation de la présence des perceurs et de la prédation a été réalisée sur 8 secteurs dans le département de la Manche (Saint-Vaast-la-Hougue, Saint-Germain / Ay, Blainville / Mer, Gouville / Mer (dont Linverville), Agon-Coutainville, Lingreville et Saint-Martin-de-Bréhal). Sur chaque secteur, un ou plusieurs transects sur une dizaine de stations, du haut de plage vers le large, ont été observés. Sur chacun, un ramassage des perceurs et une évaluation du taux de prédation ont été réalisés (en particulier sur les huîtres en élevage et sur les palourdes sauvages).

Ainsi, trois espèces de perceurs ont été observées, Nucella lapillus, Ocenebra erinaceus et Ocenebra inornata. Les deux premières sont des espèces autochtones alors que la troisième a été importée il y a une quinzaine d’années avec les transferts conchylicoles. Ces deux espèces représentent 99% des perceurs ramassés (respectivement 55 et 44%) alors que l’espèce importée ne représente que 1% de l’échantillonnage et ne semble donc pas avoir un caractère invasif. L’estimation montre une forte disparité spatiale entre les secteurs mais également à l’intérieur de chaque  transect. Ocenebra inornata est principalement retrouvé à Gouville-sur-Mer et Saint-Martin-de-Bréhal mais il est aussi présent dans les autres secteurs à l’exception de la pointe d’Agon.

Le taux de prédation des palourdes est très variable. Il est maximal à Saint-Germain / Ay avec près de 70% de la mortalité des palourdes dûs à des attaques de perceurs (présence d’un trou sur la coquille). Le taux de prédation est de 10 à 30% sur Blainville / Mer et Gouville / Mer et inférieur à 5% ailleurs. D’autres espèces de bivalves peuvent également être touchées comme les coques, les praires ou les spisules. L’échantillonnage réalisé dans les poches à huîtres a montré une prédation assez faible quel que soit le secteur.

A chaque perceur sa préférence alimentaire

Il est connu que les nucelles ont une préférence alimentaire pour les moules. Les essais réalisés en bassin ont montré qu’elles ne s’attaquent pas aux huîtres et aux palourdes adultes. D’autres essais ont montré que Ocenebra erinacea a une forte préférence pour les huîtres bien qu’il puisse parfois s’attaquer aux palourdes en particulier lorsque ces dernières ont été « trempées » dans du jus d’huîtres montrant ainsi le caractère attractif et la reconnaissance olfactive. Ocenebrelus inornata semble par contre préférer les palourdes mais peut s’attaquer aux huîtres. Cette attaque de palourdes peut intervenir lorsque la palourde est posée sur le substrat mais le perceur est également capable de l’attaquer lorsqu’elle est enfouie. Toutefois, cette dernière à la capacité de fuir son agresseur par une migration dans le sédiment.

Cette nouvelle approche comportementale ouvre des perspectives innovantes dans la relation prédateur / proie chez les bivalves. Ainsi, des études complémentaires sont envisagées dès 2018 sur cette thématique.

Contacter le responsable de ce programme

Partenariat technique :

     

Partagez cet article :

Les commentaire sont fermés.