Un impact modéré de la vénériculture sur les espaces intertidaux.

Publié le 1 avril 2017 | Cultures marines, Nos travaux, Ressources documentaires |
La gestion des espaces concédés à Chausey nécessite une prise en considération des enjeux environnementaux. A ce titre, la cohabitation vénériculture (élevage de la palourde japonaise Ruditapes philippinarum) et banquettes à lanices (Lanice conchilega) fait l’objet de toutes les attentions. Si l’impact de cette activité a déjà été étudié en 2005, identifiant la phase de récolte comme étant celle qui déstructure le plus les sédiments, il était nécessaire de compléter ces travaux avec une vision dynamique des phénomènes et ce, sur un cycle entier d’élevage.


Evolution décennale de l’impact de la vénériculture sur les banquettes à lanices

Suite à la récolte, phase de l’élevage qui déstructure le plus la surface des sédiments, le suivi effectué en 2015 a permis de confirmer que les banquettes à lanices se régénèrent sur les concessions d’élevage, comme cela avait déjà été souligné par les auteurs de l’étude de 2005.

En termes de granulométrie (taille des grains de sédiments), la structure même des sédiments est assez stable en 10 ans. Ainsi, la structuration faunistique qui avait été observée et décrite en 2005 se retrouve assez fidèlement en 2015, là encore, malgré un effet immédiat notable de la récolte sur la richesse spécifique et l’abondance.

Notons que Lanice conchilega structure les surfaces étudiées, qu’il s’agisse de la banquette naturelle (en zone non exploitée) ou de la concession, y compris après récolte, attestant ainsi de la rémanence du vers tubicole sur les surfaces exploitées.

En résumé, force est de constater une assez grande stabilité des principaux indicateurs sur les dix années d’exploitation séparant les observations.

Dynamique à court terme des principaux indicateurs

Le suivi sur un peu plus d’une année des stations de référence (concession et banquette naturelle) a permis de confirmer et/ou de mettre en évidence des effets saisonniers notables. Comme l’atteste la littérature, il existe une évolution saisonnière de l’abondance en lanices avec décroissance en automne-hiver et croissance au printemps-été (Ropert 1999). L’analyse des cortèges spécifiques menée dans le cadre du programme PARADIS atteste également d’un fort effet saisonnier.

Cependant, cet effet saisonnier a été fortement exacerbé, comme le suggèrent les données de l’analyse granulométrique et les observations visuelles. En effet, un phénomène d’ensablement très important a fortement déstructuré la banquette naturelle de manière durable. Ce phénomène, conséquence des conditions tempétueuses notables de l’automne 2015 et de l’hiver 2015-2016, a mis en exergue la fragilité de cette banquette à lanice naturelle par rapport à la zone exploitée laissant supposer un impact positif de la zootechnie sur la résilience des lanices sur concession exploitée.

Rôle des filets sur la présence de lanice.

Cette phase de protection contre la prédation des naissains de palourde sous filets pendant les six premiers mois d’élevage a été spécifiquement étudiée. En effet, ces filets ont un rôle structurant sur le milieu, permettant « … de récréer des conditions hydro-sédimentaires favorables à l’installation d’espèces macrofauniques endogées…. » (Toupoint, 2005). Au cours de l’expérimentation menée en 2015, les filets ont permis l’implantation de lanices sur un site qui en était dénué. D’autre part, lorsque les lanices sont déjà présents dans les sédiments, les filets les maintiennent en place et limitent ainsi les effets des conditions climatiques remaniant très fortement les surfaces sableuses.

Interaction Lanices-Palourdes.

La résilience des lanices observée sur les concessions exploitées met également en évidence une interaction entre les palourdes, semées à de fortes densités et les lanices, elles-mêmes espèce « ingénieur » (espèces qui changent l’environnement par l’intermédiaire de leurs propres structures physiques). En effet, il a été constaté que les lanices se maintenaient mieux en présence de palourdes sur concession que dans des espaces sans palourdes (banquette naturelle ou test de pose de filet sans semi de palourde : voir chapitre précédent). Ainsi, une stabilisation des sédiments est certainement possible dans des conditions défavorables en raison de la présence de palourdes à densité importante et grâce au maintien d’une population de lanice maintenue par les filets en début de cycle. D’autre part, il est très probable qu’une interaction trophique puisse exister également, les palourdes émettant des bio-dépôts, les lanices et leur panache favorisant la sédimentation de particules fines.

Un impact modéré

Ainsi, d’un point de vue fonctionnel, l’écosystème sableux ne semble pas être altéré par la vénériculture, laissant supposer que ces secteurs propices à l’alimentation des oiseaux (des limicoles en particuliers), continuent de remplir leur rôle. Ces investigations se poursuivent, notamment avec de nouveaux outils (drone) permettant de visualiser la dynamique des banquettes à lanices et confirmer ces observations jusqu’à la fin d’un cycle d’élevage. D’autre part, ces acquis devront être complétés par des informations touchant plus particulièrement les enjeux avicoles.

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palourde et lanice

PARADIS : Pérenniser l’activité Palourde à Chausey : Définir les indicateurs de suivi.

Jean-Louis Blin1, Yann Joncourt2 & Marie Fouet1. 2017.

 1. SMEL
 2. GEMEL

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