Pourquoi les ormeaux de Saint Malo résistent mieux à Vibrio harveyi que ceux de Molène ?

Publié le 10 janvier 2017 | Mer & Littoral, Nos travaux, Ressources documentaires |

 

Les travaux de recherche engagés depuis de nombreuses années entre le SMEL et le LEMAR sur la pathologie de l’ormeau continuent de porter leurs fruits. Après avoir démontré que les conditions du milieu influencent la traduction du génome chez l’ormeau (en savoir +) ce sont des caractères physiologiques (hémolymphe et branchies) qui semblent différencier le développement de la pathologie due à Vibrio harveyi. Ces résultats majeurs sont la principale explication de la résistance des populations d’ormeaux de Saint Malo alors que celles de Molène restent sensibles à la bactérie. Ces résultats viennent de faire l’objet d’une publication scientifique.



Saint Malo et Molène, deux populations d’ormeaux bien distinctes…

Depuis 1997, les populations de l’ormeau européen Haliotis tuberculata subissent des mortalités massives attribuées à la bactérie Vibrio harveyi. Ces mortalités se produisent au moment de la reproduction, lorsque le système immunitaire est déprécié, et lorsque les températures de l’eau dépassent 17 ° C. L’ensemble conduit à des conditions favorables à la prolifération de V. harveyi et permettent une évolution différenciée de la pathologie. Ainsi les secteurs où les eaux sont les plus chaudes tels que ceux de Saint Malo ont subi des mortalités massives et successives (1997 & 1998) alors que  les secteurs où l’eau est plus froide, comme Molène, n’ont pas été  atteints.

Les populations d’ormeaux actuelles plus résistantes à Saint Malo qu’à Molène

La dernière expérimentation confirme les connaissances empiriques accumulées depuis plusieurs années au SMEL. Afin d’identifier les mécanismes de résistance aux maladies, des infections successives expérimentales ont été réalisées sur deux populations géographiquement distinctes: celle qui a subi des mortalités récurrentes (Saint-Malo) et celle qui n’a pas été touchée par la maladie (Molène). La population de Saint-Malo a été jugée résistante à l’infection par V. harveyi, avec un taux de survie de 95% contre 51% pour Molène.

L’entrée du pathogène et le déclenchement des défenses immunitaires font la différence.

La quantification in vitro de la phagocytose ainsi que l’utilisation de bactéries marquées montrent un effet de l’amorçage immunitaire (« immune priming ») dans la population de Saint Malo. Plus simplement, d’une manière un peu similaire à la vaccination, les ormeaux de Saint Malo semblent avoir  acquis un dispositif de défense plus réactif et donc plus efficace vis à vis du pathogène. D’autre part, l’utilisation d’une autre technique de biologie moléculaire (quantification de V. harveyi par qPCR) a mis en évidence une différenciation de la quantité de pathogènes au niveau des branchies, démontrant que la voie d’entrée des bactéries joue un rôle de barrière efficace dans la résistance. La synergie de ces deux paramètres peut expliquer la résistance accrue des ormeaux de Saint Malo.

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Pour télécharger la publication scientifique
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Immune priming and portal of entry effectors improve response to vibrio infection in a resistant population of the European abalone.

 
Bruno Dubief, Flavia L.D. Nunes, Olivier Basuyaux, Christine Paillard.

 

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