Évaluer la présence de pesticides en mer par la recherche dans des espèces sentinelles

Publié le 22 août 2016 | Mer & Littoral, Nos travaux |
Dans le cadre de l’évaluation écologique d’un écosystème, plusieurs démarches expérimentales peuvent être mises en place afin d’apprécier le degré et la variation de la contamination de l’environnement. Cependant, il n’est souvent pas possible d’évaluer directement le taux de libération d’un contaminant dans le biotope. De même, la faible concentration de molécules très toxiques ne peut être déterminée dans l’eau de mer. D’autres indicateurs doivent être mis en œuvre. Le LABEO en collaboration avec le SMEL a réalisé une étude afin d’évaluer les concentrations en pesticide dans le biote.


Rechercher les pesticides dans le vivant est plus pertinent que dans l’eau de mer

Des programmes de biomonitoring se sont développés afin d’évaluer les quantités et la distribution de certains contaminants dans les individus d’espèces choisies pour leurs particularités bioécologiques. On observe en effet plusieurs avantages à analyser les polluants dans les êtres vivants plutôt que des substances persistantes, organiques ou minérales directement dans le milieu ou dans le biotope. Les concentrations en contaminants dans les êtres vivants sont très supérieures à celles observées dans l’eau, par suite des phénomènes de bioconcentration, et parfois de bioamplification. Souvent, les êtres vivants intègrent et stockent des contaminants même si leur passage dans le biotope a été fugace, comme c’est le cas lors de pollution accidentelle ponctuelle.

Mais, de plus en plus fréquemment, les indicateurs biologiques de pollution sont choisis en fonction d’un certain nombre de critères morphologiques, éthologiques ou physiologiques qui conditionnent leur fiabilité.

Les espèces cibles doivent être choisies en fonction de leur pertinence à accumuler les molécules. Ainsi, les bivalves historiquement utilisés dans les programme de monitoring (ROOCH) des différents secteurs seront choisis (huîtres, moules) mais également les éponges marines ayant montré leur intérêt comme espèce sentinelle dans le programme d’étude Spontox (2010-2013).

Les phytosanitaires, de très nombreuses molécules pour une pollution diffuse

Les nouvelles molécules, telles que les phytosanitaires parviennent jusqu’à la mer par le lessivage et les cours d’eau, puis la dilution importante empêche souvent une analyse dans l’eau (sensibilité analytique trop faible). Les organismes sentinelles vont non seulement concentrer les molécules mais peuvent également être affectées par leur présence. Or, faute parfois de méthodologie analytique spécifique, ces molécules ne sont pas recherchées. En effet, en 2013, 423 substances actives sont disponibles sur le marché, parmi lesquelles nombreuses sont classées comme toxiques pour les organismes aquatiques selon la classification CLP (CE 1272/2008) et parmi celles qui sont aujourd’hui interdites, certaines, très persistantes, sont encore retrouvées dans l’environnement comme par exemple les organochlorés endosulfan et le lindane.

Ainsi il serait extrêmement coûteux de les rechercher toutes, l’approche est donc de sélectionner, à partir de différents critères, les molécules qui comportent le plus grand risque.

Peu de pesticides retrouvés mais des interrogations de l’effet des molécules sur la physiologie des animaux

Cette étude a permis de rechercher plus d’une trentaine de molécules parmi les plus problématiques de la région Basse-Normandie. Les techniques analytiques indispensables à la recherche de ces molécules sur notre territoire ont été mises en œuvre, permettant ainsi d’analyser les concentrations de ces polluants dans trois matrices distinctes (huîtres, moules et éponges) sur 4 sites (Lingreville, Saint-Vaast-la-Hougue, Baie des Veys et Ouistreham) durant une année.

Sur trente-cinq molécules recherchées seulement 3 ont été parfois retrouvées avec une concentration supérieure la limite de quantification  dans les coquillages et 1 dans les éponges: Isoproturon, pendiméthaline et difflufénican d’une part et glyphosate (avec l’AMPA son principal métabolite) d’autre part. Les concentrations retrouvées sont très faibles (quelques µg/kg) et bien inférieures aux concentrations maximales admissibles dans les fruits et légumes.

Toutefois, même avec des concentrations très faibles, les produits phytosanitaires peuvent engendrer des perturbations biologiques importantes pour la faune allant du simple dérèglement, de l’augmentation à la sensibilité de pathogènes, du retard de croissance, de la perturbation de la reproduction ou engendrer des mortalités en fonction de la concentration des produits et de leur rémanence. Des travaux en ce sens seront conduits prochainement.

Des espèces sentinelles pour l’environnement

Bien que les concentrations en pesticides dans les espèces cibles soient très faibles et sans aucun risque pour la consommation humaine, les bivalves et les éponges peuvent permettre d’évaluer la contamination du milieu, comparer les sites et la fluctuation saisonnière et ainsi permettre de cibler les molécules à risque afin d’en réglementer et/ou limiter leur utilisation.

Pour contacter le correspondant SMEL de cette étude

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