L’ormeau, une pêche responsable mais fragilisée

Publié le 17 juillet 2015 | Mer & Littoral, Nos travaux, Pêche |
De tout temps pêché par les plaisanciers sur les côtes bretonnes et normandes, l’ormeau est exploité dans le nord du département de la Manche, depuis 1993, par une pêche professionnelle en plongée. Très encadrée par un système d’autorisation, la production française a atteint plus de 100 tonnes au milieu des années 90 avant de s’écrouler suite à une épizootie qui frappe spécifiquement cette espèce depuis 1997.

ormeau dans son mileu naturelUn animal presque mythique

L’ormeau (abalone pour les Anglo-Saxons) est un gastéropode présent dans de nombreux pays mais une seule espèce vit sur les littoraux européens : Haliotis tuberculata. En France, on le trouve principalement en Bretagne et dans le département de la Manche tout en bas des estrans rocheux où les pêcheurs à pied le dénichent sous les blocs ou dans les failles. Impossible à pêcher au casier ou au filet, seule la pêche en plongée (interdite pour les plaisanciers) est réalisable dans les secteurs non découvrants jusqu’à une dizaine de mètres de fond. Cette pêche responsable permet de préserver les fonds tout en sélectionnant uniquement les animaux de bonnes tailles.

ormeau de pêche baguéUne pêche très encadrée

Depuis 1993, les ormeaux font l’objet d’une pêche professionnelle en plongée dans le département de la Manche. Seules trois sociétés se partagent alors un stock avec des règles très précises (taille de capture, période de pêche, quota quotidien ? (nombre limité par jour), quota annuel…). Gérée par la Direction Départementale des Territoires et de la Mer (DDTM), cette pêche fait l’objet d’une concertation étroite entre les entreprises de pêche, les représentants de la profession (CRPBN), les scientifiques (IFREMER, SMEL) et l’état (DDTM) permettant chaque année de réévaluer les limites de la pêche. D’environ 18 tonnes en 1993, la production dans le département de la Manche culmine à presque 26 tonnes en 2000 avant de se stabiliser autour de 23 tonnes. L’ormeau se négociant entre 35 et 50€ le kg  en poissonnerie, tous les animaux issus de cette pêche réglementée sont bagués afin d’éviter le braconnage.

Une pathologie, responsable d’une chute de la ressource

En 1997, une mortalité massive touche les ormeaux de la région de Saint Malo et des environs de Concarneau. L’épidémie se répand progressivement sur la façade ouest du Cotentin et dans les côtes d’Armor, pour atteindre plus de 80% de mortalité dans les populations naturelles. La collaboration entre le SMEL et l’IFREMER de Brest a permis rapidement d’identifier la cause de ces mortalités : la bactérie Vibrio harveyi tue les ormeaux lorsque la température de l’eau dépasse les 17°C durant la période de reproduction (été). Les eaux plus froides du nord Cotentin ont permis de préserver quelques années les stocks mais depuis 2005, des mortalités importantes sont également observées en septembre dans les secteurs de pêche. Plus récemment des mortalités hivernales, probablement dues à un envasement des fonds observé par les pêcheurs ont également été observées. Une nouvelle souche de bactérie isolée par le SMEL a pu être identifiée en collaboration avec l’université de Brest (IUEM-LEMAR) et le Laboratoire Départemental d’Analyse de la Manche (LABEO50).

Ainsi, depuis plusieurs années, les captures chutent. Elles ne dépassent pas 300 kg pour la saison 2015…

pêcheurs d'ormeauxLes pêcheurs : des vigies de l’état des stocks

Durant ces dernières années, la rentabilité de la pêche professionnelle d’ormeaux n’est plus assurée au regard de la faiblesse du gisement. Toutefois, la présence de plongeurs professionnels dans le nord Cotentin permet des observations régulières des fonds marins et d’alerter les scientifiques sur les évolutions constatées. Nos travaux récents semblent montrer que la reconstitution des stocks d’ormeaux dans le nord du département sera très longue contrairement à d’autres secteurs tels que Saint Malo où les captures montrent une légère reprise depuis quelques années.


 

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