Sargasses : valorisation d’une espèce invasive

Publié le 7 mai 2015 | Cultures marines, Mer & Littoral, Nos travaux |
Depuis les années 1970, l’algue japonaise Sargassum muticum, s’est implantée sur les côtes normandes et s’est parfaitement adaptée aux conditions locales. Considérée comme invasive dans les années 80, sa présence est prédominante dans certains secteurs comme la côte ouest du Cotentin et représente une véritable gêne pour les professionnels (conchyliculteurs, pêcheurs,…) et amateurs de la mer.

L’invasion de la Sargasse en Europe

Plants de sargasses à Bricqueville sur Mer (SMEL)

Plants de sargasses à Bricqueville sur Mer (SMEL)

Arrivée avec le naissain de l’huître japonaise Crassostrea gigas, l’algue se manifeste la première fois en 1973 dans le sud de l’Angleterre. Deux années plus tard, elle est aperçue en France, à Saint Vaast La Hougue dans la Manche puis a commencé à proliférer. Elle est aujourd’hui présente du nord de l’Espagne jusqu’au sud de la Norvège. Elle est également présente dans l’étang de Thau, sur la bordure méditerranéenne. Mais, elle a également augmenté sa biomasse, notamment en certains endroits. La côte ouest du Cotentin est particulièrement touchée par cette invasion qui occasionne une gêne pour l’activité conchylicole et des pertes économiques importantes, notamment en mytiliculture : diminution des rendements, décrochage des moules par frottement sur les bouchots, montée des prédateurs (crabes, bigorneaux perceurs) sur les bouchots, coûts liés à l’évacuation des algues des parcs, échouage sur les chantiers de moules qui endommagent les structures et éliminent les juvéniles, ralentissement du courant ….

La résistance s’organise mais …

Les premières tentatives de contrôle d’invasion de sargasses ont été effectuées en Angleterre, sur l’île de Wight, en arrachant directement les plants. Mais, très rapidement, les anglais se sont aperçus que non seulement cette méthode était inefficace mais qu’elle favorisait l’expansion de l’algue. Ensuite, on a utilisé des tracteurs munis de herses (Angleterre, Irlande) pour éradiquer la sargasse. Même si cette méthode est toujours utilisée aujourd’hui autour des pieux à moules et si elle semble pouvoir contrôler la croissance des algues en période printanière, elle n’empêche pas sa prolifération. Le moyen de lutte qui semble aujourd’hui le plus efficace est le barrage (cf. photo). Il s’agit d’une « clôture » qui entoure les structures à protéger et donc retient les algues dérivantes avant qu’elles ne s’échouent sur les pieux ou les chantiers à moules. Toutefois, ces barrages posent plusieurs questions sur leurs gestions, leurs entretiens, leurs impacts sur l’environnement et le devenir des algues récoltées sur ces barrages.

L’exploitation commerciale de cette algue : une voie à explorer.

Suite à de nombreux travaux scientifiques de par le monde, les chercheurs ont démontré que cette algue contenait nombre de compo   sés chimiques potentiellement recherchés dans la bio-industrie. Ces résultats ont poussé le SMEL, la société ALGANACT (Recherche et développement en biotechnologies) et le Comité Régional de la Conchyliculture Normandie Mer du Nord à travailler ensemble sur les possibilités d’exploitation de cette algue en relation avec le milieu mytilicole et ainsi relier protection des pieux à moules et exploitation d’une algue envahissante. Les premiers travaux, qui ont fait l’objet d’un stage de Maitrise 2è année, ont permis de mettre en évidence un potentiel de biomasse exploitable indéniable, tant sur barrage que directement sur estran. Ces premiers travaux ont également permis de démontrer la présence de composés d’intérêt économique chez la Sargasse normande.

Filtrat (becher à droite) obtenu par ultra filtration (C. Michel/SMEL)

Filtrat (bécher à droite) obtenu par ultra filtration (C. Michel / SMEL)

Mais encore du travail de recherche avant une éventuelle exploitation.

Ces 6 premiers mois de travaux ont permis de voir que le sujet était prometteur. Le projet étant désormais soutenu financièrement par le Conseil Régional de Basse Normandie et le Conseil Départemental de la Manche, les trois partenaires, rejoints par le laboratoire BOREA de l’université de Caen, poursuivent ces travaux au cours de l’année 2015. L’objectif est de proposer des méthodes de ramassage des algues, des méthodes de première transformation et d’identifier les domaines industriels susceptibles d’être intéressés par cette matière première. Les résultats de cette deuxième année de recherche seront disponibles début 2016.

 

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Partenariat technique :

  

 

Partenariat financier :

 
Les travaux effectués en 2014 sont disponibles

Couverture rapport sargasseEtude de l’exploitation de l’algue invasive Sargassum muticum en Basse Normandie

C. Michel, S. Pien, J. Brébion. 2014.

Le rapport est consultable sur demande ou sur place au SMEL.

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